C'est avec plaisir que je renoue le dialogue avec vous en ce début d'année 2026, année déjà bien entamée cependant.
En effet, j'ai voulu attendre la fin complète de mon travail sur la sculpture "autruche ?". La voilà terminée et je viens de publier sa page sur mon site Web :
C'est une sculpture que je qualifie "d'actualité", où je veux illustrer l'expression 'faire l'autruche !" . Je vous invite à aller sur la page correspondante pour en savoir plus sur mes motivations à la produire, mais aussi sur sa modélisation CAO préalable, puis les particularités de sa taille dans une belle branche de houx.
Je vous présente mes meilleurs vœux pour 2026, pour vous et vos proches et bien sûr à tous les boiseux de votre entourage !
Voilà, une nouvelle sculpture « engagée » : elle découle comme chaque fois de la superposition de constats que je fais sur les dérives de notre société. Cette fois je veux dénoncer le consumérisme poussé à l’extrême et sa logique mortifère pour économie et industrie françaises. Deux gestes courants d’abord (parmi bien d’autres) pour illustrer mon propos : renouveler régulièrement son smartphone pour répondre aux sirènes des Gafam qui nous vantent le « plus » du dernier modèle et l’apport soi-disant indispensable des 3G, 4G, 5G ; acheter des vêtements à des prix quasi nuls (publicité vue à la rentrée scolaire 2025 : « le haut et le bas pour 4 euros seulement » !). Nous sommes « accro » à une consommation excessive, et nous voulons des prix toujours plus bas, sans penser le moins du monde au travail et aux efforts qu’il faut déployer pour fabriquer ces objets. Gavés de publicité où le mammouth écrase les prix, nous nous habituons à ces prix bas au point de tout trouver toujours trop cher, avec son paroxysme : trouver normal et naturel quand votre ville vous propose de circuler gratuitement dans ses transports en commun : un vrai non-sens économique !
Après la société de production des décennies d’après-guerre et son capitalisme d’industrie qui avait permis à la France de devenir la 5è puissance économique mondiale, notre pays est vite entré dans une société de consommation portée par un capitalisme purement financier. Au 21è siècle, la consommation devient une véritable culture qui nous pousse à rechercher le bonheur et l’épanouissement dans l’achat irréfléchi, compulsif, le moins cher possible. Les comparateurs de prix se multiplient et nous poussent à acheter ce « moins cher », très souvent ailleurs qu’en France.
Résultat : des délocalisations massives de production, des fermetures d’usine en pagaille, des fabrications lointaines, par une main d’œuvre corvéable à merci pour des salaires de misère et des conditions de travail épouvantables que nous refusons de voir, … sans parler des défilés ininterrompus des porte-containers dans nos ports qui viennent déverser sur notre territoire leurs tombereaux de produits importés.
On ne fabrique plus le produit, on se contente de l’importer et le distribuer. Des pans entiers de notre tissu industriel ont déjà disparu : le textile, la fonte, l’acier, la chimie, les médicaments, … ponctués ici et là de combats syndicaux d’arrière-garde perdus d’avance, dont la presse s’empare un temps : Usinor, Alsthom, Goodyear… Le tout se passe dans un contexte européen ultra libéral où il ne faut surtout pas dresser de barrières douanières aux entrées de produits pas chers. Dans le public, je constate une indifférence générale ou au mieux un sentiment d’impuissance. Quant à nos gouvernants, ils laissent faire ou font juste le minimum, en faisant semblant de défendre l’emploi (voir F. Hollande en 2013 à Florange ou N. Sarkosy en 2009 à Gandrange par exemple !). D’ailleurs, pendant toute la fin du 20é siècle ils nous ont fait croire que dans une entreprise seul le secteur de la Recherche était important et que le reste, dont la Production, pouvait être délocalisé. Le pire c’est que non seulement l’emploi industriel disparait en France, mais avec lui disparaissent aussi notre savoir-faire et nos compétences. (le macronisme se targue d’avoir fait revenir l’emploi, mais quel emploi ! : des « contrats zéro heure » comme sous Thatcher en Angleterre ou bien des emplois précaires, partiels, aux horaires décalés dans le secteur des services et du commerce bien souvent en ligne dorénavant).
Et finalement, à qui profite tout cela : qui profite de ces prix toujours plus bas, de cette concurrence exacerbée, de ces rayons de supermarché qui débordent ? Vous croyez en être le bénéficiaire : faux, archi faux (on vous le fait croire cependant !). En fait, le Capital, caché derrière cette distribution massive, retire la majorité des fruits de cette culture de consommation qu’il vous a inculquée à force de marketing et d’incessantes suggestions de nouveaux besoins inutiles et stériles : les actionnaires détendeurs de ce Capital veulent une croissance permanente des ventes pour satisfaire leur cupidité et la croissance incessante de leur profit. Je terminerai ce paragraphe, amer et pessimiste, en vous rappelant deux phrases visionnaires de notre chanteur Alain Souchon qui nous disait déjà dans les années 1990 : « on nous fait croire que le bonheur c’est d’avoir … ! » et continuait par « on nous inflige des désirs qui nous affligent ! ». J’adhère totalement à son propos, mais je crois qu’il n’avait pas vu alors se profiler la désindustrialisation : conséquence inéluctable de cette hyperconsommation associée à la mondialisation sans frontière des produits….
Alors, c’est avec mes gouges une fois de plus que je crie cette amertume qui me tenaille. Notre pays dérive sur cette consommation forcenée de produits éphémères à la durée de vie toujours plus courte, américains ou asiatiques…
Ma sculpture représente une usine fracassée par un Hedge-Fund qui la délocalise. Les ouvriers effrayés s’enfuient et meurent économiquement … mais bienheureux, s’habillent en Chine et ont leur portable (voire deux !) dans la main …
Dans une situation géopolitique plus que bousculée, dans le tourbillon politique national bien instable, dans une France bien dégradée de tous côtés (voir ma sculpture « triste France » de 2024), j’arrive quand même et heureusement à trouver dans l’Art de quoi agir, de quoi concevoir et réaliser, de quoi sculpter pour créer. Malgré mon pessimisme, rassurez-vous, la sculpture sur bois reste pour moi une « valeur sûre », que je partage avec vous depuis plusieurs années déjà.
Trouvez-y comme moi le bonheur pour 2025, moi de créer, vous de me regarder et de réagir. l’Art est là pour cela : produire chez le spectateur des émotions et des réactions. Je vous souhaite une heureuse année 2025 bien remplie de joies et de projets.
J'ai bon espoir en 2025 de terminer (enfin !) le serpent entamé il y a deux ans... J'ai un autre projet également entamé : uns sculpture dénonçant les deux facteurs provoquant la désertification industrielle de la France : la mondialisation couplée à l'hyperconsommation..... Enfin plus sereinement, j'ai un 3è projet donnant une tournure humoristique à l'expression "faire l'autruche" ... à suivre !