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Torsions   <>   Juillet 2025

Chêne sur Bignone   --   160 x 80 x 25 cm

oOo

 

  Sculpture tortueuse…

                                                                                                                           …sur un arbre torturé !    

 

 

 

 

 D’abord le support : il s’agit d’une bignone, un arbuste grimpant, à la floraison abondante dès le printemps : des fleurs longues en trompette très souvent orange flamboyant. Le jardin de mes beaux-parents avait son mur Sud-Est couvert depuis plusieurs décennies par un tel arbuste qui l’envahissait jusqu’à la gouttière. Lorsqu’il a fallu vider la maison après leur décès en 2015 j’ai décidé de récupérer la partie basse du tronc (et ses premières branches maîtresse). Vous l’avez sous les yeux. En soi, cet arbuste aux branches torturées est un objet d’art à lui seul. Mais je voulais un jour l’habiller d’une sculpture de ma façon, capable de répondre artistiquement à ses circonvolutions naturelles.

 

 

 

 

 

 

L’idée d’un serpent est venue assez rapidement. Cependant comme souvent pour moi, de l’idée à l’œuvre il se passe un « certain (!) » temps, souvent compté en années, et pour cette fois une décennie ! C’est d’abord la maturation de l’idée : celle-ci peut rester en évolution de longs mois (au début mes réminiscences de catéchisme ont pris le dessus et me susurraient le livre de la Genèse et sa notion du serpent tentateur dans l’arbre de la Connaissance : un temps je voulais loger une pomme symbolique dans les branches !). Puis vient la conception : mon logiciel de CAO m’a permis de modéliser l’arbre après relevés de ses dimensions, afin d’y concevoir un reptile réaliste sinuant de branche en branche (les longues soirées de l’hiver 2022/23).

L’étape suivante peut durer elle-même assez longuement : trouver les billes de bois capables d’accueillir la sculpture. Le serpent étant long de trois mètres environ, il devenait obligatoire de le réaliser en tronçons, leur nombre devenant à nouveau une interrogation par la multiplication des blocs de bois nécessaires : j’ai pour cela profiter des chutes de madriers de chêne utilisés par ma ville comme bordures des parterres d’une rue piétonnière en rénovation.

J’ai finalement retenu sept tronçons pour le réaliser, du plus complexe, le tronçon n°1 lové dans la fourche principale, jusqu’au tronçon n°7, la queue, que je voulais voir pendre dans le vide.

A l’été 2023 je suis prêt pour réaliser la sculpture, après débit et rabotage des 7 plots de chêne. Je me lance dans la taille du tronçon 1 dans un beau bloc approximativement cubique de 30cm de côté environ : de longues heures passées dans mon atelier pour évider, évider, évider afin de voir émerger les 4 boucles du serpent enchevêtrées les unes sur les autres dans la fourche de l’arbre.

Mes déboires ont commencé début 2024 lorsque je me suis aperçu que ma bignone avait « bougé » depuis que je l’avais changée de lieu de stockage pour la métrer et commencer à y placer les tronçons successifs : la fourche principale s’était resserrée, et la branche arrière s’était inclinée de quelques degrés. Or mes blocs de chêne étaient découpés et rabotés sur des dimensions théoriques issues de la conception CAO. Durant 3 semestres j’ai bataillé pour résoudre cette question : non seulement j’ai été obligé de bouger les positions relatives des tronçons pour les réorienter en fonction de la place réelle des branches, mais à certains endroits il m’a fallu rogner l’écorce des branches pour faire tenir la sculpture dans la place réduite laissé par l’arbre après son séchage !

 

 

Les six assemblages par tenon/mortaise ont donc, chacun, été problématiques car contrairement à ceux des pieds d’un fauteuil Louis XIII à quoi peuvent faire penser les tronçons de mon serpent, ici point d’angle droit ni de géométrie aisée. Aucune référence angulaire pour débuter la taille d’un tenon si ce n’est son « orientation » vers la mortaise du tronçon suivant. Beaucoup d’imprécisions au final, certaines cumulatives, qui m’ont forcé à la lenteur et à la « présentation provisoire des tronçons en position supposée » (le vocable que j’ai trouvé pour qualifier mon travail) et ceci des centaines et centaines de fois.

En tout cas, si je n’ai pas réussi ces assemblages aussi précisément que souhaités, je suis pleinement satisfait de la forme triangulaire curviligne que j’ai donnée à la section de mon serpent au long de ses sept tronçons. Ainsi l’épine dorsale ressort bien et souligne la sinuosité du reptile tout au long de son parcours.

Durant le printemps 2025, la dernière étape a été de traiter la « démontabilité » des assemblages car je ne veux pas les figer définitivement (à l’opposé du travail classique de l’ébéniste) :  je veux pouvoir transporter l’ensemble d’exposition en exposition en faisant voyager séparément la bignone très lourde et les tronçons très fragiles (au niveau de leur extrémité j’ai dû recoller en plusieurs endroits les parois des mortaises). Or les imprécisions dont j’ai parlé ont amené du jeu dans certains des assemblages. J’ai donc renforcé l’attachement des tronçons aux branches avec des tourillons pour apporter quand même de la rigidité à l’ensemble.

Voilà, je m’arrête là sur ces deux années de réalisation, …. achevée seulement il y a quelques jours par la réalisation de la boîte de transport matelassée des tronçons et par l’application d’une teinture orangée (« teinte-et-cire » merisier) pour que le serpent tranche bien sur la bignone. Que pensez-vous de l’ensemble !

Voici deux autres photos:

 

 

posté le 4 Août 2025

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