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bois sculpte

AUTRUCHE ?

AUTRUCHE ?   < >   Février 2026

Houx  --  350 x 180 x 80 mm

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A l'été 2024, je surmontais lentement de nombreuses difficultés dans la taille de mon serpent pour orner la sculpture « torsions ». Pour me détendre, c’est sous « l’attrait ! » d’une branche de houx qu’en parallèle je me suis mobilisé pour un nouveau projet (je suis comme happé par toute essence non encore travaillée : ici le houx, belle essence, assez dure, blanche, quasiment sans aubier). Cette branche, dans mon atelier depuis plusieurs années -précisément depuis la fermeture de la scierie de La Londe-, m’attendait. J’ai décidé d’y loger une forme. Son volume est assez exigu, car il s’agit seulement d’une demi-branche d’une épaisseur maximale de 8cm, donc sans beaucoup de place pour y loger une ronde-bosse, sauf à n'en voir que la « façade ».

Mais quelle forme ?    Inconsciemment alimenté par le contexte international qui nous environne depuis plusieurs années …  voilà ce qui est sorti de ma CAO et de mes neurones : un visage presque complètement masqué par les mains, pour illustrer l’expression « faire l’autruche ». Ne pas voir le danger qui nous entoure et tenter de s’en isoler, quoiqu’attiré comme morbidement par la désolation qui s’approche.

Alors, Jean-Claude, une sculpture d’actualité ?

Je vous propose en fait plusieurs lectures possibles : une sculpture introspective poussant le visiteur à s’interroger sur son propre comportement devant le danger : faire face ou fuir sagement sur les conseils éventuels d’un inconscient submergé d’émotions négatives // une sculpture de refus devant le trop-plein d’informations déversées à jets répétés par les médias notamment les chaînes-d’info-en-continu où des « toutologues » vous expliquent à longueur de journée -doctement mais sans rien y connaître- les intentions des deux dictateurs ou les calibres de leurs armes // une sculpture symbole du déni de la guerre qui s’approche de nous // une sculpture purement humoristique où le sculpteur se moque de son sujet // une sculpture plus philosophique où l’œil tient la première place, celui que Victor Hugo décrivait dans son poème « Conscience » de la Légende des Siècles pour juger et jauger le Mal qu’avait fait Caïn …

Alors, vous-même comment comprenez-vous ma sculpture ?

 

La modélisation CAO des mains s’est bien déroulée, avec une étude préalable des proportions bras / poignet / main.  Chaque phalange a été modélisée par un cylindre, placé sur la courbe médiane du doigt correspondant. Quant au visage lui-même je suis allé au plus rapide car finalement on ne fait que le deviner mis à part le front, la chevelure et le nez ! Par contre j’ai soigné l’œil dont j’ai voulu bien respecter localisation, dimensions, profondeur, malgré l’espace réduit où il est visible entre les deux doigts entrouverts de la main droite.

La taille elle-même a débuté à l’été 2025, après l’achèvement de « torsions ». J’ai pris plaisir à « ressentir » le houx, sa résistance, son fil régulier, sa blancheur entrecoupée de cernes réguliers légèrement rosés. Je suis malheureusement tombé sur une présence assez importante de vers, assez curieuse pour une essence aussi dure (je n’ai pour ma part jamais vu de trous de vers dans des essences de dureté comparable comme l’oliver ou le buis). La taille des avant-bras m’a permis de revisiter la musculation de leur face postérieure où se trouve une dépression longitudinale qu’il faut tailler avec une gouge assez creuse, en position opposée aux gouges plus plates adaptées à la rotondité des 2 muscles l’encadrant. La taille des phalanges a nécessité beaucoup de doigté (!) pour reproduire leur creux médian, du fait de leur position « en fil affleurant » pour une bonne part d’entre eux. Dans ce cas, la seule solution est de raccorder le haut et le bas de la taille faite dans le fil, par un geste croisé en fil de travers, sachant que chaque phalange a en plus une double courbure (verticalement concave et transversalement convexe).

La finition s’est faite au racloir, patiemment, pour supprimer toute trace des gouges utilisées ; puis j’ai terminé la sculpture par un cirage incolore afin de conserver la belle teinte de ce bois.

 

page postée le 4 Février 2026

torsions

      

Torsions   <>   Juillet 2025

Chêne sur Bignone   --   160 x 80 x 25 cm

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  Sculpture tortueuse…

                                                                                                                           …sur un arbre torturé !    

 

 

 

 

 D’abord le support : il s’agit d’une bignone, un arbuste grimpant, à la floraison abondante dès le printemps : des fleurs longues en trompette très souvent orange flamboyant. Le jardin de mes beaux-parents avait son mur Sud-Est couvert depuis plusieurs décennies par un tel arbuste qui l’envahissait jusqu’à la gouttière. Lorsqu’il a fallu vider la maison après leur décès en 2015 j’ai décidé de récupérer la partie basse du tronc (et ses premières branches maîtresse). Vous l’avez sous les yeux. En soi, cet arbuste aux branches torturées est un objet d’art à lui seul. Mais je voulais un jour l’habiller d’une sculpture de ma façon, capable de répondre artistiquement à ses circonvolutions naturelles.

 

 

 

 

 

 

L’idée d’un serpent est venue assez rapidement. Cependant comme souvent pour moi, de l’idée à l’œuvre il se passe un « certain (!) » temps, souvent compté en années, et pour cette fois une décennie ! C’est d’abord la maturation de l’idée : celle-ci peut rester en évolution de longs mois (au début mes réminiscences de catéchisme ont pris le dessus et me susurraient le livre de la Genèse et sa notion du serpent tentateur dans l’arbre de la Connaissance : un temps je voulais loger une pomme symbolique dans les branches !). Puis vient la conception : mon logiciel de CAO m’a permis de modéliser l’arbre après relevés de ses dimensions, afin d’y concevoir un reptile réaliste sinuant de branche en branche (les longues soirées de l’hiver 2022/23).

L’étape suivante peut durer elle-même assez longuement : trouver les billes de bois capables d’accueillir la sculpture. Le serpent étant long de trois mètres environ, il devenait obligatoire de le réaliser en tronçons, leur nombre devenant à nouveau une interrogation par la multiplication des blocs de bois nécessaires : j’ai pour cela profiter des chutes de madriers de chêne utilisés par ma ville comme bordures des parterres d’une rue piétonnière en rénovation.

J’ai finalement retenu sept tronçons pour le réaliser, du plus complexe, le tronçon n°1 lové dans la fourche principale, jusqu’au tronçon n°7, la queue, que je voulais voir pendre dans le vide.

A l’été 2023 je suis prêt pour réaliser la sculpture, après débit et rabotage des 7 plots de chêne. Je me lance dans la taille du tronçon 1 dans un beau bloc approximativement cubique de 30cm de côté environ : de longues heures passées dans mon atelier pour évider, évider, évider afin de voir émerger les 4 boucles du serpent enchevêtrées les unes sur les autres dans la fourche de l’arbre.

Mes déboires ont commencé début 2024 lorsque je me suis aperçu que ma bignone avait « bougé » depuis que je l’avais changée de lieu de stockage pour la métrer et commencer à y placer les tronçons successifs : la fourche principale s’était resserrée, et la branche arrière s’était inclinée de quelques degrés. Or mes blocs de chêne étaient découpés et rabotés sur des dimensions théoriques issues de la conception CAO. Durant 3 semestres j’ai bataillé pour résoudre cette question : non seulement j’ai été obligé de bouger les positions relatives des tronçons pour les réorienter en fonction de la place réelle des branches, mais à certains endroits il m’a fallu rogner l’écorce des branches pour faire tenir la sculpture dans la place réduite laissé par l’arbre après son séchage !

 

 

Les six assemblages par tenon/mortaise ont donc, chacun, été problématiques car contrairement à ceux des pieds d’un fauteuil Louis XIII à quoi peuvent faire penser les tronçons de mon serpent, ici point d’angle droit ni de géométrie aisée. Aucune référence angulaire pour débuter la taille d’un tenon si ce n’est son « orientation » vers la mortaise du tronçon suivant. Beaucoup d’imprécisions au final, certaines cumulatives, qui m’ont forcé à la lenteur et à la « présentation provisoire des tronçons en position supposée » (le vocable que j’ai trouvé pour qualifier mon travail) et ceci des centaines et centaines de fois.

En tout cas, si je n’ai pas réussi ces assemblages aussi précisément que souhaités, je suis pleinement satisfait de la forme triangulaire curviligne que j’ai donnée à la section de mon serpent au long de ses sept tronçons. Ainsi l’épine dorsale ressort bien et souligne la sinuosité du reptile tout au long de son parcours.

Durant le printemps 2025, la dernière étape a été de traiter la « démontabilité » des assemblages car je ne veux pas les figer définitivement (à l’opposé du travail classique de l’ébéniste) :  je veux pouvoir transporter l’ensemble d’exposition en exposition en faisant voyager séparément la bignone très lourde et les tronçons très fragiles (au niveau de leur extrémité j’ai dû recoller en plusieurs endroits les parois des mortaises). Or les imprécisions dont j’ai parlé ont amené du jeu dans certains des assemblages. J’ai donc renforcé l’attachement des tronçons aux branches avec des tourillons pour apporter quand même de la rigidité à l’ensemble.

Voilà, je m’arrête là sur ces deux années de réalisation, …. achevée seulement il y a quelques jours par la réalisation de la boîte de transport matelassée des tronçons et par l’application d’une teinture orangée (« teinte-et-cire » merisier) pour que le serpent tranche bien sur la bignone. Que pensez-vous de l’ensemble !

Voici deux autres photos:

 

 

posté le 4 Août 2025

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